Le Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL) a réuni du 30 septembre au 02 octobre 2026 à Douala, les acteurs de la décentralisation autour d’un enjeu désormais incontournable : mettre les outils numériques au service de la participation citoyenne, de la transparence et de la redevabilité au niveau local.
À l’heure où le numérique transforme les relations entre les citoyens et les institutions, les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) sont appelées à adapter leurs mécanismes de dialogue avec les populations afin de favoriser une gouvernance locale plus participative et transparente.
C’est tout l’enjeu de l’atelier national de concertation sur les initiatives et les outils numériques de participation citoyenne et de redevabilité locale, à Douala, par le Ministère de la Décentralisation et du Développement Local (MINDDEVEL), avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), dans le cadre du Projet d’Appui à l’Accélération et à l’Approfondissement de la Décentralisation (PAADD).
Cet atelier a réuni une quarantaine de participants
issus des administrations publiques, des CTD, des comités de quartier et de
village, de la société civile ainsi que des partenaires techniques et
financiers.
Représentant le ministre, le professeur Jean NDOUMBE,
chef de la Division des Systèmes d’Information du MINDDEVEL, a rappelé dans son
allocution d’ouverture, l’importance que le département ministériel accorde à
la digitalisation des CTD. Selon lui, celle-ci constitue un levier susceptible
de renforcer la participation citoyenne, la transparence dans la gestion des
affaires locales et la redevabilité des acteurs publics.
Sous la modération de Mme Atikatou ALHADJI épse IBRAHIM, chef de la Brigade Nationale de
Contrôle des CTD, les travaux se sont articulés autour de trois principales
séquences : les présentations thématiques, les travaux en groupes et
l’élaboration d’une proposition de feuille de route nationale.
Un état des lieux des mécanismes de participation citoyenne
La première séquence a permis aux participants d’examiner plusieurs aspects de la participation citoyenne. M. ONANA ESSOMBA, contrôleur à la Brigade Nationale de Contrôle des CTD, a présenté le cadre juridique applicable à cette démarche, en s’appuyant sur les différents instruments qui encadrent la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques locales.
Dans la même dynamique, Mme SAID Haoua, Sous-directeur du Suivi et de l’Exploitation des Budgets et Comptes des CTD, a exposé les outils budgétaires favorisant la participation citoyenne, en mettant en évidence la distinction entre le budget participatif et le budget citoyen. Le premier permet aux populations de prendre part aux décisions relatives à l’affectation d’une partie des ressources publiques, tandis que le second vise à rendre les informations budgétaires plus accessibles et compréhensibles pour les citoyens. Elle est également revenue sur les différentes étapes du processus d’élaboration du budget.
Pour sa part, M. Charlie Martial NGOUNOU, Chercheur de l’Enquête du Budget Ouvert de International Budget Partnership et Point Focal CEEAC de l’Observatoire International pour la Démocratie Participative (OIDP), a présenté un état des lieux de la participation citoyenne à l’échelle internationale et nationale.
S’agissant du Cameroun, il a souligné le caractère non encore stabilisé des processus de participation citoyenne ; en se fondant sur le score de 9% sur l’indicateur de participation citoyenne pour l’Enquête du Budget Ouvert 2025, en baisse par rapport à 20/100 à l’OBS 2023, et inférieur à la moyenne mondiale (17/100) ainsi qu’à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (16/100) ; En effet, l’indicateur de participation évalue les mécanismes formels permettant au public, via les OSC, les médias et la société civile, d’influencer l’ensemble des étapes du processus budgétaire, sur la base de 18 questions standardisées, et se décompose ainsi pour le Cameroun : 13/100 à la formulation, 0/100 à l’approbation, 17/100 à l’exécution et 0/100 à l’audit.
Il est à noter que l’Enquête du Budget Ouvert (OBS) qui évalue également les indicateurs de transparence budgétaire et de contrôle (le parlement et l’institution supérieure de contrôle) est publiée depuis 2006 par l’International Budget Partnership (IBP). Quelques suggestions ont d’ailleurs été faites, à savoir : l’institutionnaliser la participation citoyenne à toutes les étapes du cycle budgétaire (formulation, approbation, exécution, audit) en lui donnant un fondement légal et procédural, plutôt que de la laisser à l’appréciation discrétionnaire de telle ou telle institution ; la poursuite des mécanismes existants (les consultations ne doivent pas être ponctuelles ou sélectives, mais systématiques et ouvertes à toute organisation de la société civile ou tout citoyen désireux de participer) et enfin l’utilisation des résultats de l’OBS comme feuille de route de réforme, en fixant un objectif chiffré de progression du score à l’édition 2027.
Des solutions numériques adaptées aux réalités locales
La deuxième séquence a été consacrée aux travaux de groupe. Répartis en trois ateliers portant respectivement sur la participation citoyenne, la transparence et la redevabilité, les participants avaient pour mission d’identifier les outils existants, d’en relever les insuffisances et de déterminer les besoins des CTD.
Les échanges ont notamment mis en évidence la nécessité de développer des solutions numériques simples, accessibles, interopérables et adaptées aux réalités locales. Une attention particulière a été accordée aux collectivités disposant d’une faible connectivité, avec la prise en compte de fonctionnalités permettant un fonctionnement hors connexion.
Une feuille de route nationale en perspective
Au terme des travaux, les participants ont formulé une proposition de feuille de route nationale pour la participation citoyenne, structurée autour de 17 actions réparties en trois phases.
La première phase porte sur la consolidation du cadre juridique et la mobilisation des ressources nécessaires. La deuxième prévoit la conception et l’expérimentation d’un prototype multicanal dans 10 à 15 CTD pilotes. La troisième phase envisage son déploiement progressif à l’échelle nationale, notamment à travers la publication en ligne des budgets et des comptes administratifs.
Cette proposition constitue une étape dans la réflexion sur la modernisation des mécanismes de participation citoyenne au Cameroun. Elle demeure toutefois soumise à la validation du MINDDEVEL avant toute mise en œuvre officielle.
À travers cette initiative, le ministère entend ainsi explorer les possibilités offertes par le numérique pour rapprocher davantage les citoyens des institutions locales et favoriser une gestion des affaires publiques fondée sur la transparence, la participation et la redevabilité./-





