Banner

LES OUTILS DE L’ACTION MUNICIPALE

 

    • A. PLANIFICATION, PROGRAMMATION, BUDGETISATION SENSIBLE AUX ENFANTS

Promouvoir les droits de l’enfant et s’engager à assurer le bien-être de tous les enfants de la Commune est un engagement fort qui doit se traduire de manière concrète dans les documents de planification, de programmation et de budgétisation de la Commune. C’est une question de priorité accordée aux actions qui feront la différence pour les enfants. Ces documents serviront de base pour la mise en œuvre d’actions concrètes en faveur des enfants et permettront de mener un suivi-évaluation de la situation au niveau communal dans ce domaine.

Le PCD mentionne essentiellement des projets d’infrastructures et les mesures endogènes complémentaires. Les trois programmes techniques, développés pour le CDMT et le PPAC, doivent en revanche inclure de manière plus large des activités et tâches, telles que des services à l’égard du citoyen, délivrance d’actes administratifs, accompagnement, sensibilisation, formation, organisation d’événements, soutien aux initiatives de la société civile, etc. Voir partie II « actions sectorielles en faveur des enfants » pour des pistes de réflexion à ce sujet.

    • B. MOBILISATION DES RESSOURCES

La Stratégie Nationale de Développement 2020 – 2030 (SND30) consacre son deuxième pilier au « développement du capital humain » autour de cinq axes, (i) l’éducation, la formation et l’employabilité, (ii) la recherche et l’innovation, (iii) la santé et la nutrition, (iv) l’accès aux facilités sociales de base, et (v) la protection sociale. Alors que plus de la moitié de la population a moins de 20 ans et que les jeunes sont la force vive de la nation pour construire le Cameroun de demain, il est urgent de mobiliser les ressources en leur faveur. Il est de la responsabilité de la Commune, et notamment du Maire, de fédérer ainsi les différents partenaires, locaux, régionaux, nationaux et internationaux, en faveur d’un effort financier et humain accru au bénéfice des enfants et des adolescents. Une telle synergie d’action doit s’appuyer sur des documents de projet et de plaidoyer suffisamment clairs et bien argumentés pour obtenir des ressources complémentaires des différents partenaires.
Ce que doivent contenir les documents de projet et de plaidoyer :

    • La situation des enfants avant le projet / action : décrire le problème spécifique, en quoi cela touche les enfants, combien d’enfants sont concernés, parmi eux combien d’enfants issus de minorités, handicapés et/ou vulnérables. Pour cela, la Commune pourra s’appuyer sur l’évaluation d’un ou plusieurs indicateurs (voir section sur le suivi-évaluation ) lié à la situation des enfants dans un domaine spécifique. En effet, un diagnostic basé sur une évaluation chiffrée de la situation a plus de chance d’être convaincant.
    • Décrire l’objectif du projet / action : en quoi le projet va-t-il améliorer la situation des enfants dans le domaine spécifique ciblé ? Lier cet objectif, avec les différentes stratégies nationales, et notamment l’axe 2 de la SND30 « développement du capital humain ».
    • Présenter les cibles / bénéficiaires.
    • Expliquer ce que la Commune a déjà fait dans ce domaine et pourquoi elle a besoin d’appuis / subventions complémentaires (chiffres à l’appui).
    • Décrire les activités qui seront mises en œuvre et justifier en quoi cela va améliorer la situation des enfants telle que décrite dans l’objectif.
    • Définir le budget de l’action, l’apport de la Commune et les besoins en financement.
    • Préciser les mécanismes de mise en œuvre et de suivi-évaluation de l’action.
      Un document de projet / plaidoyer peut inclure une ou plusieurs actions, dans un ou plusieurs domaines, en fonction du partenaire ciblé et du type d’action qu’il finance.
  • A qui s’adresser ?
    • Aux ministères sectoriels compétents
    • Aux établissements publics compétents tels que le FEICOM ou le BUNEC
    • Aux partenaires internationaux tels que l’UNICEF, l’UE, etc.
    • Aux Communes étrangères ayant des accords de coopération décentralisée
    • Aux grandes entreprises
    • Aux sponsors (entreprises de la Commune qui sont prêtes à faire des dons financiers ou matériels pour soutenir un événement ou un concours)
    • Au guichet de performance du PNDP
    • Au Prix National FEICOM des meilleurs pratiques communales de développement local
      Les partenaires, qu’ils soient nationaux ou internationaux, sont généralement sensibles aux questions liées aux droits des enfants et à leur bien-être. Mais pour obtenir des appuis et des financements, la Commune doit démontrer deux choses : premièrement qu’elle a elle-même mené des actions en faveur des enfants dans ce domaine, mais que cela n’a pas suffi au regard de ses ressources limités, deuxièmement que son projet est pertinent et cohérent et que les ressources complémentaires permettront d’atteindre l’objectif fixé.

 

    • C. SUIVI-EVALUATION DES PROGRES REALISES

Fixer des indicateurs permet, dans un premier temps de se fixer des objectifs en termes de changement à atteindre, et dans un deuxième temps, d’évaluer les progrès réalisés dans l’un ou l’autre domaine de l’action publique. Ainsi on peut décider de reconduire les projets ou actions qui ont permis d’amener des changements significatifs et réorienter ceux qui semblent ne pas avoir porté beaucoup de fruits. Notons cependant que les indicateurs en eux-mêmes (analyse quantitative) ne sont pas toujours suffisants et doivent souvent être complétés par une analyse qualitative des réalités de terrain.
Quelques exemples d’indicateurs pertinents par secteur, pour mesurer les progrès réalisés en matière de satisfaction des droits de l’enfant et de prise en compte de leur bien-être. Tous les indicateurs seront évalués de manière sexo-spécifique (taux de garçons, taux de filles, taux total) pour mesurer les écarts éventuels entre les sexes.
Actes de naissance Taux d’enfants nés dans l’année ayant obtenu un acte de naissance
Ou
Taux d’enfants en âge d’obtenir le CEPE qui n’ont pas d’acte de naissance
Education Taux d’enfants de moins de 15 ans scolarisés
Taux d’absentéisme des enseignants
Ratio nombre d’élèves par salle de classe
Santé et nutrtion Taux d’enfants ayant reçu un schéma vaccinal complet (PEV)
Taux d’enfants malnutris
Taux de mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans
Environnement, eau, hygiène et salubrité Nombre d’écoles équipées de points d’eau et de latrines
Nombre d’enfants atteints de maladies hydriques
Nombre d’enfants obligés d’aller à plus de 500 m (1 km ?) pour s’approvisionner en eau
Nombre d’enfants atteints de paludisme
Nombre d’enfants atteints de maladies respiratoires
Nombres d’enfants atteints de maladies liés à leur travail (mines, produits chimiques)
Planification, aménagement du territoire, urbanisme et habitat Nombre de jardins publics aménagés
Taux des ouvrages de franchissement adpatés pour un passage sécurisé des enfants
Taux des routes principales sécurisés pour les enfants (chemin piétonnier, passage piétons sécurisés, notamment aux abords des écoles)
Prise en compte des enfants dans les plans urbains
Protection sociale Nombre d’enfant orphelins et enfants vulnérables (VIH, conflits) pris en charge et/ou scolarisés
Nombre d’enfants porteurs de handicap pris en charge et/ou scolarisés
Nombre d’enfants ayant bénéficié d’aides sociales
Nombre d’enfants disposant d’une couverture santé
Protection de l’enfance Nombre d’enfants en conflit avec la loi (détenues en prison)
Nombre de mariages précoces
Nombre d’enfants victimes de violence
Nombre d’enfants victimes de mutilation génitale féminine
Nombre d’enfants de la rue
Nombre d’enfants exposés au travail difficile
Culture Nombre d’événements culturels organisés en faveur des enfants
Nombre d’enfants qui participent régulièrement à une activité culturelle
Sports et loisirs Nombre d’enfants qui ont une pratique régulière de sport
Nombre de compétitions sportives « enfant » soutenues par la Commune
Dans un contexte de rareté des ressources, la Commune n’a peut-être pas les moyens d’assurer le suivi de l’ensemble de ces indicateurs. Elle peut donc, dans un premier temps, en choisir un ou deux par domaine, en fonction de ses priorités.
Le rapportage de ces indicateurs sera fait dans le cadre du rapport annuel de performance, en incluant un chapitre spécifique sur la prise en compte des droits et bien-être des enfants, qui est une thématique transversale aux trois programmes. Ce chapitre contiendra les données suivantes : actions mises en place en faveur des enfants, part du budget affectée et réalisée en lien avec les actions ciblant les enfants, évaluation d’au moins un indicateur cité plus haut par domaine d’intervention.

 

  • D. SERVICES COMMUNAUX AMIS DES ENFANTS

La sensibilité d’une commune aux droits de l’enfant devrait transparaître non seulement dans ses actions, projets et services, mais également dès que l’on est en contact avec un agent communal ou que l’on arrive dans les locaux de la Mairie. Le Maire doit donc promouvoir cette image de « commune amie des enfants » à l’intérieur comme à l’extérieur de la mairie et en faire une valeur partagée par l’ensemble des élus et personnels de la Commune. Quelques actions à mettre en place dans ce sens.
Accueil des enfants / adolescents et de leurs familles
L’accueil est la première image, la première « sensation » que les usagers ont en arrivant à la mairie. Il est donc primordial de soigner cet accueil. Quand les jeunes parents viennent avec leurs enfants pour l’une ou l’autre démarche administrative, c’est probablement qu’ils n’ont pas le choix.
S’il s’agit de femmes enceintes ou de parents avec des bébés ou des très jeunes enfants, les agents communaux peuvent leur offrir une chaise, surtout s’ils doivent patienter avant d’être reçus. En outre, ils peuvent veiller à ce qu’ils n’attendent pas trop longtemps et éventuellement les faire passer en priorité.
S’il s’agit de plus grands enfants, d’âge maternel ou primaire, la Mairie peut prévoir un espace de jeux ou de lecture, à l’intérieur ou à l’extérieur, pour les distraire et les faire patienter. Imaginez aussi l’image que garde l’enfant de la mairie, s’il a pu jouer et n’a pas vu le temps passer !
Une attention particulière sera également accordée aux enfants porteurs de handicap, avec des aménagements spécifiques, tels que des accès pour les fauteuils roulants.
Sensibilisation et formation du personnel communal
La thématique des droits de l’enfant et de leur bien-être peut être une thématique nouvelle pour un certain nombre d’agents communaux. Or, pour que les services de la Commune intègrent à part entière les droits de l’enfant dans leurs actions, tous les agents doivent s’approprier de cet objectif et faire de cette valeur de l’organisation leur valeur propre. Pour cela, la Commune peut mettre en place plusieurs types de mesures : sensibilisation du personnel communal et des élus aux questions liées aux droits de l’enfant, formations sur la prise en compte des droits de l’enfant dans l’action communale, inscription d’un point sur ces questions à l’ordre du jour du conseil municipal, des commissions communales, des réunions du personnel, pour en faire une thématique phare de l’action communale, etc.
Mise en place d’une charte de qualité de service incluant les enfants / adolescents et leurs familles comme usagers
Une telle charte de qualité de service permet de préciser les normes en termes d’accueil/réception, de délivrance de l’information aux usagers et de gestion des recours/réclamations, telles que définies par le MINFOPRA pour l’ensemble des administrations publiques camerounaises. Elle veillera à afficher en termes de valeurs et de priorités l’accueil privilégié que la Commune souhaite réserver aux enfants / adolescents au sein de ses services.
Communication externe
La Commune qui s’engage dans la promotion des droits de l’enfant doit le faire savoir et être reconnue comme tel, de la part des citoyens électeurs d’une part, et de la part des institutions étatiques, des autres Communes et des différents partenaires, d’autre part. La Commune doit donc avoir une communication appropriée dans ce sens, avec notamment la publication de chapitres spécifiques sur l’action communale en faveur des enfants et adolescents, dans ses rapports d’activités, bilans annuels et autres documents de rapportage. Elle peut également publier des articles, photos et documents sur son site internet, sur les réseaux sociaux (page Facebook, Whatsapp, Instragram, TikTok) ou participer à des émissions à la radio ou à la télévision, notamment sur les radios communautaires de la localité, sur des sujets en lien avec la thématique des droits de l’enfant.